Au nord-est du désert du Kalahari, au Botswana, se trouve le plus grand complexe de lacs salés au monde.
Réunis sous le nom de pan de Makgadikgadi (prononcez “ma-ka-di-ka-di”), ces lacs couvrent une surface d’environ 16 000 km² (en comparaison, le célèbre salar d’Uyuni en Bolivie approche les 11 000 km²).
À la saison sèche, ces lacs se vident de leurs eaux pour former un immense désert de sel devenant accessible aux voyageurs.
Nous sommes en juin, la pluie est déjà loin et je m’apprête à découvrir ce joyau de la nature, accompagné de ma meilleure amie, de ma marraine, de mes parents et de Chief, qui, en plus d’être un guide en or, se révélera être l’une des plus belles rencontres de notre voyage.


RENDEZ-VOUS À GWETA
Nous avons rendez-vous avec lui à 16h.
En attendant, la chaleur se fait sentir et nous profitons d’un temps libre bien appréciable pour barboter dans la plus grande piscine du Kalahari, entourée d’une forêt de baobabs.


15h40, nous sortons de notre léthargie pour rejoindre le village de Gweta, point de départ de notre escapade.


À notre arrivée, nous étions attendus de pied ferme. L’heure qui m’avait été annoncée au préalable n’était pas la bonne et nous aurions déjà dû partir depuis longtemps.
Déçus que cette erreur de communication ait amputé ce début d’activité, nous expédions les présentations et montons dare-dare à l’arrière du 4×4 de safari. Le soleil tombe vite en hiver austral et nous avons de la route pour rejoindre le pan de Ntwetwe (l’un des lacs constituant le pan de Makgadikgadi).
En revanche, nous sommes agréablement surpris : aucun autre touriste lors de cette expédition ; nous aurons le désert rien que pour nous !
VERS LE PAN DE NTWETWE

Alors c’est parti, notre guide met la gomme, et nous voilà déjà rendus parmi les hautes herbes, sur la petite piste de sable blanc nous menant sur le pan.
La lumière décline déjà et la savane nous dévoile sa sublime couleur dorée.



Nous sommes secoués dans tous les sens mais c’est apparemment ce qu’on appelle couramment ici un massage africain, alors on tente d’en profiter !
Mon amie et ma marraine sont hilares : elles ont l’impression, je cite, qu’elles vont “perdre un sein en route”.
Malgré le retard, l’ambiance est là et nous sommes tous les cinq très excités de découvrir ce que cette excursion nous réserve.

Nous traversons quelques villages isolés, croisons des troupeaux de chèvres et de vaches, et arrivons finalement sur le désert de sel peu avant le coucher du soleil.
Et quel soleil ! La gigantesque boule rougeoyante s’embrase pour le plaisir de nos yeux.

DE SILENCE ET DE SEL
Chief nous dépose au milieu de nulle part pour que nous puissions prendre des photos et il continue sa route jusqu’à ce qui nous paraît être notre campement. Nous le rejoindrons à pied.


Ici, difficile de se perdre : le sol est plat et l’horizon est infini. Le moindre signe de vie est visible à des kilomètres à la ronde.
Ce qui retient en premier lieu notre attention, c’est le silence. Le 4×4 a coupé son moteur, les voix ne sont pas perceptibles et il n’y a pas un souffle de vent. Quel bonheur pour nos oreilles de n’entendre que le néant.
Seul le bruit du craquement du sel sous nos pas vient légèrement troubler ce calme. C’est d’ailleurs amusant, cette texture de sol, nous adorons la sensation qu’elle procure sous nos pieds.

Avec ses nuances de gris, cette croûte de sel nous donne l’impression d’avoir débarqué sur la lune.


UN CAMP AU MILIEU DE NULLE PART
Au loin, Chief nous fait signe de le rejoindre.

Il nous présente aux intendants du camp et à notre très sympathique cuisinière, déjà aux “fourneaux”, puis il nous fait la visite du camp.
La vision est surréaliste.
Au beau milieu du désert, tout a été pensé pour notre confort.
D’abord, le salon-salle à manger : une table nappée, dressée pour nous, et six chaises en rang d’oignons autour d’un feu avec l’apéro qui attend sagement au frais dans sa glacière.


Vient ensuite la chambre : cinq bedrolls (genre de tout-en-un comprenant matelas, draps et couvertures) alignés à même le sol, sans oublier la petite guirlande lumineuse pour la déco.

Côté salle de bains, c’est le grand luxe : un évier et des toilettes avec vue, suffisamment isolées pour l’intimité de chacun.


On trouve ça fou.
Chief nous invite à nous installer avec un gin & tonic autour du feu pour apprécier les dernières lueurs. Nous discutons et rions ensemble en attendant le dîner, dont les odeurs nous mettent déjà l’eau à la bouche. Chief est très intéressant, il nous parle entre autres de son pays, de son travail, de ses rencontres avec les voyageurs et de leurs différences en fonction de leur provenance.

Entrée, plat et dessert nous sont ensuite servis aux chandelles. Comme le laissaient présager les odeurs, c’est un régal.
SOUS LA VOIE LACTÉE
Puis vient le moment que nous attendons tous avec impatience : celui d’aller se coucher.
La journée n’était pas particulièrement épuisante, et nous ne sommes pas spécialement fatigués mais l’expérience de dormir en plein désert avec pour seul toit la Voie lactée nous réjouit d’avance.
Dans le silence le plus total, je regarde les milliards d’étoiles, le sourire aux lèvres. Je ne veux pas fermer les yeux par peur de m’endormir. Le spectacle est tellement beau qu’il mériterait une nuit blanche. Finalement, le confort des bedrolls est tel que je me laisse happer par Morphée.

Après une nuit de sommeil profond grâce au calme absolu, les premiers rayons du soleil réveillent nos sens en douceur. L’instant est magique, et il m’est difficile d’envisager de quitter le lit.




Mais il est l’heure, Chief nous appelle pour le petit-déjeuner.
Nous avons droit à la totale, avec œufs et bacon, comme si nous étions à l’hôtel. Nous prenons le temps de savourer chaque instant car nous savons qu’après avoir terminé nos assiettes, nous devrons déjà prendre le chemin du retour.


En quittant les lieux, je ressens un petit pincement au cœur, mais je sais qu’il nous reste une dernière étape pour nous mettre en joie. La cerise sur le gâteau.
LES MASCOTTES DU DÉSERT
En effet, Chief va nous emmener voir les mascottes du désert du Kalahari : les suricates.
Une colonie d’une quinzaine d’individus se trouve à proximité du pan.



À bonne distance pour ne pas les effrayer, nous les observons entrer et sortir de leur terrier, surveiller les environs, se chamailler, se mordiller, se faire des papouilles… ils sont vraiment très drôles et ce moment conclut à merveille notre aventure sur le pan de Ntwetwe.


De retour à Gweta quelques heures plus tard, nous sommes unanimes : cette expérience restera sans équivoque l’un des temps forts de notre périple au Botswana.

Mais nous ne sommes pas encore arrivés au bout de nos découvertes, et le mythique delta de l’Okavango pourrait bel et bien faire partie, lui aussi, des temps forts du voyage.
